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    Librairies

    Le photographe Thibaud Poirier est à l’origine d’une série de photos intitulée Librairies, mettant en vedette l’architecture des bibliothèques.

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    Montréal, oh ma belle, je te quitte pour une plus jeune!

    Je t’ai longtemps aimé. Avec toi, je vivais une belle relation basée sur le plaisir, la diversité, la joie de vivre. Tu m’apportais la sécurité tout en m’offrant les plus beaux aspects d’une grande ville. J’étais fier de toi, ma belle ville, fière de ton histoire, fière de ta culture, de tes restos, de tes festivals. Lorsque j’étais loin de toi, je pensais à mon retour, me retrouver dans ton lit, chaud, humide et odorant.

    Que s’est-il passé, oh ma belle, pour que je désire te quitter? Depuis quand le ver du doute à ton sujet s’est-il insinué dans mon coeur?

    Peut-être ce doute à ton sujet a débuté lorsque j’ai vu ton quartier gay, le Village, qui m’a diverti, qui m’a socialisé avec ma communauté, qui m’a permis de m’émanciper, peut-être quand j’ai vu son déclin, l’insécurité grandissante s’y installer, peut-être qu’à ce moment j’ai commencé à douter de toi.

    Je t’ai aussi été infidèle, je dois te l’avouer aujourd’hui. Oui ma belle, je t’ai trompé lorsque j’ai été, plus d’une fois, passer mes vacances avec ta grande soeur, Toronto. Ne lui en veux pas. C’est ma faute. Elle était trop séduisante, divertissante, elle m’a fait tourner la tête plus d’une fois. Tu lui avais faite une réputation de vieille fille, mais, je dois te le dire, ta soeur aujourd’hui te surpasse. Oui, je sais, tu dois trouver mes mots durs à assumer. Mais je dois être honnête avec toi, ma belle, tu n’es plus ce que tu étais.

    Je t’ai donné une dernière chance, ma douce, lorsque j’ai emménagé dans ton nouveau Quartier des Spectacles. Croyant retrouver ma passion avec toi, j’ai tout misé pour revivre l’amour que j’avais pour toi. Mais rien n’y fait. Ton âme semble morte, ton visage est défigurer par les politiciens qui s’acharne à te détruire « pour ton bien » à coup de conne orange sur ton beau visage, à t’ouvrir le corps par un trop grand nombre de chantiers, tous plus payant pour les entrepreneurs qui t’exploite depuis trop longtemps.

    Tu es sans doute une victime, oh ma douce. Victime de ton passé, de la corruption de l’homme, de l’acharnement politique et du dénigrement provincial dont nous nous sommes toujours moqués, mais qui, tout compte fait, t’affaiblit tous les jours. Comme mon amour pour toi, tes quartiers, autrefois si vivant, se meure lentement. Tes artères son défoncés, bloqués, détournés. La trop longue décrépitude d’une courtisane fait d’elle une vulgaire putain. La vie avec toi deviens un vaste champs de ruines.

    Je te quitte pour une plus jeune. Pardonne-moi si tu peux. Je te souhaite de trouver mieux que moi, un partenaire plus patient, plus doux et plus fou. J’ai assez donné. Adieu ma belle, je te quitte.