Jour 24

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Une autre journée, toujours à chercher nos repères.

Du côté de Francis, c’est l’ordre qui prévaut. Il est limite de me faire une liste Excel de ce que je dois faire, dans quel ordre et combien de temps je peux passer sur chacune de ses activités.

Du mien, j’ai la réalité et la temporalité qui me guide. Je ne peux pas faire l’épicerie si je reste avec lui à regarder RuPaul DragRace. Je ne peux pas faire son potage si je fais des lessives. Je ne peux pas faire 10 choses à la fois pour satisfaire sa liste.

Je me sens comme une merde. J’ai beau en faire au maximum de mes capacités, ça ne semble pas importer. Je suis toujours le perdant dans cette guerre contre le cancer. Je ne suis que l’aidant, pas la victime.

Lors de notre thérapie de couple faite, il y a quelques années, nous avons mis en place un outil pour afficher un drapeau lorsqu’un de nous deux dérapait. MARACASSE! Hommage au Coeur à ses raisons. Mais ça fonctionnait. Lorsqu’il y avait un dérapage causé par notre communication, le mot clef “maracas” nous incitait à entreprendre un dialogue de couple.

Aujourd’hui j’ai dit le mot clef.

Trop fatigué de subir des reproches. J’ai beau travailler du lever au coucher pour Francis, je suis perdant face au cancer.

Celui-ci est le gagnant sur toute la ligne. Il est arrivé dans nos vies, il a détruit notre quotidien, notre couple, notre avenir. Il est présent, il sent, il fait du bruit.

Je n’ai plus mon conjoint. J’ai mon Francis avec une entité trop présente à l’intérieur de son être. Nous sommes un couple à trois.

Je me bats contre une monstruosité qui a déjà gagné: non pas une vie, mais une vie à deux.

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