Chronique d’un grand guerrier

Deux mois en relation avec Sylvain, à toute vitesse, il est entré dans ma vie, il m’a complètement séduit.

Message 1 à Francis, mon fantôme de l’au-delà:

Selon ta liste de critères pour mon futur amoureux il devait être plus petit que toi, idéalement chinois. Bon, 50% de réussite sur ton choix pour moi. Tu m’avais promis que je ne resterais pas seul longtemps. Merci pour cette confiance que tu avais pour moi, celle qui m’a permis de t’accompagner jusqu’à ton dernier souffle. 

Pour revenir à Sylvain…

Deux mois de joie, de pur bonheur, d’innocence et de grande naïveté. Nous nous découvrons ensemble et nous nous redécouvrons personnellement, comme individu. On rigole, on chante, on fait de la super bouffe, on se surpasse pour l’autre et avec l’autre. Nous nous préparons pour l’avenir. C’est encore un peu flou, mais chaque nouvelle journée concrétise notre union et la direction que celle-ci prend. 

Aujourd’hui c’est plutôt particulier. C’est un peu notre premier anniversaire de couple demain. Pas que nous sommes pressés, c’est juste que la vie, s’accélère rapidement. Nous avons chacun un patrimoine, deux décennies de vie de couple passé, deux décennies où nos goûts et nos aspirations ont évolué. Nous sommes plus conscients de ce que l’on est et de ce que l’on veut aujourd’hui qu’à 20 ans. Et c’est tant mieux.

Les présentations

J’ai présenté mon amoureux à mes parents la semaine dernière. Avec fierté, j’ai présenté mon avenir. L’homme que j’ai choisi d’aimer pour les 20 ou 40 prochaines années. C’est mon satire au lit, c’est mon héros le jour, c’est mon prince charmant le soir, avant de monter se retrouver pour une autre nuit d’insomnie. C’est aussi ça être un nouveau couple. 

Cette fin de semaine nous avons été dans sa famille au Saguenay. Sa sœur est magnifique, sa mère aussi. Ses neveux et ses nièces sont remarquablement vifs et intelligents. Pour le reste, ben on est en région.

La différence dans la différence

Depuis mon époque de grand militantisme gay, je n’avais jamais ressenti la différence. En fait, si, une seule fois, en France, chez mes beaux-parents de l’époque. Décidément, j’y suis abonné. Peut-être que ma famille est trop cool. Ou peut-être qu’elle est trop simple et petite pour embarquer dans le jeu du dénigrement.

La fierté

Je suis très fier de ce que je suis. Je suis très fière d’avoir eu Francis dans ma vie pendant plus de 21 ans. Je suis encore plus fière aujourd’hui de partager qui je suis avec Sylvain pour la prochaine partie de ma vie. Je sais aujourd’hui que c’est lui que j’ai appelé l’an dernier. 

Message 2 à Francis, mon fantôme de l’au-delà:

Sylvain et moi avont mis Jesus dehors. On a profité du week-end de paque pour l’envoyer poursuivre sont chemin, sa route. Passer au suivant.

Tout est dans tout. 

Et moi dans tout ça

Avec mon amoureux je deviens territoriale et très fière, vous pouvez regarder, mais pas toucher. Encore moins tenter de me le voler. Avec mes parents je deviens protecteur. Ma mère a assez payé de sa santé, mon père a assez donné d’amour et de soutien comme proche aidant envers elle et envers moi. Avec Roxane, ma diva, ma princesse, je deviens une référence, son maître. Avec mes amis je deviens généreux et blagueur. Avec mes souvenirs, je retrouve qui j’étais et ce que je suis devenu.

Être différent, être spécial, être…

Par ces mots j’aimerais expliquer la haine de la différence, de l’autre, celle que certains personnes, les gens normaux, nous portent. C’est un peu cette haine qui sont des fondations au racisme et à la discrimination. Cette haine, nous la voyons actuellement en Ukraine.

Hier soir j’ai eu un rechute niveau tabac. Je suis allé m’acheter un paquet de cigarettes dans un dépanneur. Les deux employés m’ont demandé si je parlais en anglais. Je demandais une marque de cigarette qui semble inconnue ici (Benson & Hedges). Ils ont donc joué la carte du Speak White inversé avec moi. No comprendo. Pas parler ta langue de Montréalais. Je me sentais étranger dans mon propre pays.

J’étais aussi fâché et déçu. Ce Québec que l’on ne veut pas voir de Montréal existe toujours en 2022. Celui  de la peur de ce qui est différent.

Priscilla, folle au Saguenay

Je me rappelle ce soir pourquoi j’ai quitté Sorel. Je me rappelle pourquoi Francis a quitté la France. Je comprends mieux aussi pourquoi Sylvain a quitté le Saguenay.

Je me rappelle aussi d’Ulysse. Au bout de vingt ans, lorsqu’il rentre à Ithaque, sa patrie, déguisée en mendiant, il tue les prétendants de sa femme Pénélope et la retrouve, elle et son fils Télémaque. Ref: l’Odyssée.

La fierté retrouvée

La fierté d’être ce que je suis, ce que nous sommes. Celle de choisir sa famille, ses amis. Celle de défendre des causes justes, des causes nobles, nos causes.

Sylvain m’appelle son grand guerrier. Je me souviens pourquoi je le suis. Mes causes aujourd’hui sont nobles et simples: l’amour, le bonheur, ne pas perdre sont temps dans une situation toxique ou malheureuse, dans la vie ou au travail.

Je me rappelle surtout de ne pas oublier d’où je viens, le chemin parcouru pour être ce que je suis devenu. Je suis fier du Yannick d’aujourd’hui. J’ai travaillé très fort pour y arriver. Je mérite aujourd’hui mon bonheur, je mérite celui de Sylvain qui, par des chemins différents, peut se joindre aux miens et s’y fondre. Le bonheur de partager ses passions avec l’autre, avec l’être aimé. Avec tendresse, avec douceur, avec amour.

Mise à jour du 24 avril en soirée

De retour à Montréal, de retour à la maison avec mon prince. 

Une fin de semaine totalement folle. Ma première sortie depuis le covid, depuis la maladie et la mort. 

Roxane était tellement fatiguée qu’elle s’est fracassé la tête dans la porte patio! Rien de grave sauf une blessure à son orgueil. 

Je suis dehors sur notre terrasse, toute propre, sous les bruleurs chauds. Sylvain m’attend au lit, il doit déjà dormir. Beaucoup d’émotion pour nous tous. 

J’ai eu la chance de passer plus de temps aujourd’hui avec sa mère, ma nouvelle belle maman, trop gentille. Et avec son nouveau conjoint depuis quelques années, Herman, ex-beau-frère de mon amie Givanka, conjointe de Lise, ma charmante ancienne employée de TVA.

Tout est dans tout. 

Il a été proche aidant pour la mère de Sylvain qui a eu un cancer deux semaines après l’avoir rencontré. Il a aussi perdu son ex-femme il y a quelques années et a passé des étapes de vie similaires aux miennes. J’ai chicané un peu Sylvain d’avoir omis de m’informé un peu avant d’avoir ça en pleine gueule. Le vilain.

Pas grave, je lui pardonne. Je l’aime trop pour lui en vouloir plus de 30 secondes. Trop mignons, mon prince charmant. Il a aussi eu sa part de stresse avec sa sœur à ce moment. Mais cette saloperie semble me suivre comme une ombre partout où je suis. Omission involontaire. C’est corrigé, la vie peut poursuivre sa route. 

Je termine ce week-end chargé émotionnellement. Je termine avec un Ginto hibiscus pas trop sucré à 7% d’alcool. Sous mes réchauds de terrasse. Je vais dans quelques instants monter rejoindre mon homme au lit, le rejoindre dans un sommeil bien mérité pour nous tous. 

Yannick L
Yannick L

Épicurien technologique, amateur de culture sous toutes ses formes, ancien militant gay.