Heureux mariage

Josée Boileau
Édition du mercredi 2 février 2005

Enfin, le projet de loi sur le mariage des conjoints de même sexe a été déposé! Il y a donc de l’espoir: plus que quelques mois et les députés passeront au vote sur un sujet qui, n’eût été du manque de courage politique du premier ministre Paul Martin, pourrait être déjà réglé. Rappelons-le: c’est depuis août 2002 que les libéraux se débattent avec la question du mariage gai!

Cet été-là, la Cour supérieure de l’Ontario avait statué qu’il était inconstitutionnel d’empêcher les couples homosexuels de se marier. Sans surprise, Ottawa porta le jugement en appel. Mais Martin Cauchon, ministre de la Justice, décida aussi, au-delà de la mécanique juridique, de prendre à bras-le-corps le sujet. Le mariage aurait changé ? Fort bien, discutons-en ! Peu de ses collègues partagèrent son enthousiasme.

Néanmoins, un comité parlementaire fut mis sur pied et il fit le tour du Canada. La réalité eut toutefois raison des palabres : en juin 2003, la Cour d’appel de l’Ontario légalisera sur le champ les mariages gais célébrés dans la province. Nécessité oblige, le rapport du comité fut oublié au profit d’un projet de loi.

Du coup, les lobbys se sont déchaînés et les pages d’opinions ont fait voir jusqu’à plus soif les différents aspects du dossier. Mais pendant que chacun se tâtait la conscience, tout s’accélérait : en un an et demi, sept provinces (la dernière en date étant Terre-Neuve, depuis la fin décembre) et le Yukon ont reconnu le mariage des couples de même sexe et la Cour suprême a levé les obstacles juridiques.

Surtout, des tas de couples gais se sont juré «amour toujours» devant témoins, redonnant un coup de jeune à une institution qui en avait bien besoin. Que la chose soit déroutante, on peut en convenir : le premier bébé in vitro l’avait été tout autant. Et qu’est-ce que, dans les cours d’écoles, l’on pouvait chuchoter dans le dos des pauvres rejetons des premiers couples divorcés, au tournant des années 70 ! Il n’est jamais simple de voir se transformer la «nature» et la «tradition».

Pour mieux assurer la transition, il faut donc y mettre les formes. C’est pourquoi, d’ici juin, des heures de débat des Communes seront réservées aux mariages gais. On parlera égalité, religion, morale, évolution; on citera la Bible, la Charte, peut-être le Coran; on en oubliera les couples gais bien légitimes qui existent déjà. Ce sera technique, pointilleux, intense. Et lassant.

Il aurait été tellement plus rafraîchissant que le premier ministre nous dise : n’est-il pas réjouissant pour une société de voir que deux personnes qui s’aiment, qui ont décidé de se consacrer l’une à l’autre, à l’exclusion de tout autre rapport, en fassent publiquement un engagement solennel ? Pourquoi l’État contrecarrerait-il un aussi joli pari sur l’avenir ? Que les Églises n’y croient pas, c’est leur affaire. Mais l’État, lui, n’a aucun problème à miser sur le bonheur de ses citoyens !

Bref, avec moins d’état d’âme et plus de leadership, on pourrait arrêter de faire d’un événement heureux le drame de la politique canadienne. Et cela permettrait enfin de s’attarder à des éléments autrement plus cruciaux pour l’avenir de notre pays : la politique étrangère, la misère autochtone ou le protocole de Kyoto.

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Yannick Lamarre Édition du Devoir du vendredi 4 février 2005

Merci Mme Boileau de rappeler en éditorial que, derrière le projet de loi sur les mariages des couples de même sexe, il y a des êtres humains. Des hommes et des femmes. Des citoyens canadiens de toutes les classes, de toutes les couleurs. J’attends avec mon conjoint le jour où nous ne serons plus des citoyens de second rang. J’attends le jour où nous aurons nous aussi le droit de s’asseoir à l’avant de l’autobus, comme ces Noirs qui ont milité, il n’y a pas si longtemps, pour devenir eux aussi des citoyens à part entière. Quand j’entends les politiciens parler de moi comme si j’étais une statistique, une anomalie, une sorte de citoyen exclu, j’en ai le frisson. J’ai peur aussi. Peur d’entendre des choses blessantes. Peur que certains opposants à cette loi déforment ma réalité et ma vie à leur profit. Je sais que je serai toujours dans une classe à part, qu’on me tolère. Je ne veux pas me battre pour faire comprendre ma réalité. Ce serait comme de demander à un homme de comprendre la vie d’une femme. On peut toujours imaginer, mais il faut vivre dans sa peau pour vraiment comprendre. Je veux seulement que l’on respecte la personne que je suis. Je veux seulement que l’on respecte mon conjoint et la vie que je mène avec lui depuis plus de cinq ans. Je l’aime, c’est tout. Je veux le faire savoir au reste du monde. C’est simple à comprend

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