Je suis un nerd

J’aime la technologie, les gadgets à gogo, nouveaux logiciels toujours plus simples et plaisants à utiliser.

Lorsque j’ai débuté mes études en informatique, j’utilisais déjà à outrance mon ordinateur 386 que je m’amusais à formater régulièrement (en MS-Dos à l’époque) pour tester différentes configurations et optimisation. Je ne développais pas plus qu’aujourd’hui, je connais mes forces et mes faiblesses.

J’ai donc évolué dans le monde de la micro-informatique avec MS-DOS, Windows 3.1 et Novell pour la réseautique. Puis Windows 95 est arrivé. Simplification de la gestion des composantes, début du Plug and Play, interface graphique très hot à l’époque, arrivé d’internet. C’était un grand pas, la démocratisation de la micro-informatique. Monsieur et madame tout-le-monde pouvaient alors commencer à utiliser l’ordinateur non pas comme un moyen de production, mais comme un médium d’échange d’information.

La popularité des échanges de fichiers MP3 avec Napster et l’arrivée des liens internet haute vitesse abordable ont été l’élément déclencheur qui a propulsé les ventes d’ordinateur domestique à la fin des années 90. Comprenez bien que sans internet et l’échange de musique par Napster, seuls les mordus de jeux vidéo auraient investi dans un ordinateur à la maison. L’échange de MP3 est le moteur direct de cette révolution, comme la possibilité de visionner des films pornographiques a été le moteur des ventes de lecteur vidéo dans les années 80. Vous pouvez me dire le contraire, mais ce n’est pas pour regarder Bambi que vous ou vos parents avez acheté votre premier lecteur vidéo.

Je reviens donc sur l’ordinateur des années 90. Au bureau, les secteurs financiers et bureautiques utilisaient les ordinateurs. Wordperfect et Lotus 1-2-3 étaient utilisés par la classe des gestionnaires. C’était donc pour travailler que l’on s’achetait un ordinateur à la maison. Les jeux vidéo étaient populaires, mais ne touchaient qu’un petit marché. Ça nous prenait donc un facteur de motivation grand public comme la musique pour donner un coup de fouet et réveillez notre consommateur moyen. Les médias traditionnels ont bêtement suivi la masse et leur couverture n’a fait qu’accroître la popularité de l’échange de fichiers par réseau.

Lorsque je parlais à ma mère de commerce électronique au début des années 90, elle me regardait avec de gros yeux en me disant que, oui oui, c’était ben l’fun mes affaires de chose. Lorsqu’elle a entendu parler à la télé de Napster, elle a été le télécharger et se l’est installé toute seule.

Et Microsoft dans tout ça? Un ordinateur n’est qu’une grosse machine à calculer. Ben oui, ça vous choque, mais ce n’est rien d’autre. On y ajouter un système qu’exploitation pour lui donner les instructions de base, comment on va utiliser ses composantes. Windows 95 était donc notre système d’exploitation qui permettait à notre consommateur moyen d’atteindre son objectif, téléchargé des choses. Oui oui chéri, c’est pour faire ma comptabilité! Ben voyons.

Windows a subi plusieurs mises à jour. Microsoft ayant compris que son succès à la maison passait par internet, ils ont sorti Windows 98, qui intégrait directement Internet Explorer, Windows Media Player et Outlook express, tous développé rapidement pour faciliter l’accès à notre consommateur moyen. La sécurité n’était pas à l’époque une préoccupation. Pour satisfaire notre utilisateur, on devait pouvoir se connecter rapidement, sans avoir à installer d’autres logiciels,

Je n’aborderais pas ici l’évolution de Windows en milieux bureautiques. J’en reparlerais dans un autre billet. Ce qu’il faut savoir par contre c’est que Microsoft développait en parallèle une autre version de Windows qui répondait aux besoins des entreprises. Mais dans un souci d’économie, l’objectif de Microsoft était la fusion entre le Windows de la maison et celui du bureau. Ils ont tenté le coup avec Windows 2000 mais ont rapidement changé de stratégie et ils sont arrivé avec un produit plus abouti et plus simple encore à utiliser, Windows XP.

Lorsque j’ai commencé à tester les versions bêta de Windows XP en 2000, j’étais très excité. Tout était en place. Le Plug and Play était arrivée à maturité, la machine ne plantait plus (ou presque). La connectivité réseau était très poussée pour l’époque. Ma mère pouvait installer ses logiciels sans trop savoir comment, mais elle le faisait sans problème (et sans m’appeler pour l’aider).

Windows XP  apportait donc simplicité, robustesse, versatilité. De tout pour tout le monde. Soit dit en passant, Microsoft avait quand même réussit l’exploit d’écraser tous les concurrents qui auraient pu ajouter un petit quelques choses de plus. La crainte d’avoir une solution alternative était et est toujours très présente chez Microsoft. Il fallait donc un système clef en main, où le consommateur moyen trouverait tous les outils nécessaires à son utilisation, sans qu’il ait à se poser de question (surtout pas). À ce niveau, Microsoft a entièrement atteint son objectif.

Par contre, le fait de n’avoir qu’une solution unique sur le marché a enclenché un processus dont personne n’avait imaginé les résultats. Si vous vivez sous un régime dictatorial, pour renverser le système, vous attaquez le régime et, avec assez d’acharnement, il s’effondre (il peut même le faire par lui même au bout d’un certain temps). Par contre, lorsque vous vivez sous un régime multipartite et démocratique, vous avez beaucoup plus de difficulté à faire tomber le régime en place, devant détruire chacune des divisons, chaque couche du pouvoir législatif et exécutif, tâche beaucoup plus ardue. La micro-informatique au début des années 2000 était un peu (et est encore beaucoup) comme un régime totalitaire. Les attaques, virus, logiciels espions, logiciels malveillants, n’ont qu’un seul ennemi à abattre, le système en lui-même.

Mon exemple ici est facilement contestable, je ne veux pas créer de polémique, ce n’est qu’une image. Je m’excuse d’avance auprès des gens que j’ai pu heurter.

Microsoft, comme toute entreprise, veut s’étendre, croître, faire plus de profits. C’est la raison d’être d’une entreprise et je n’ai rien contre. Cette entreprise a développé rapidement un secteur d’activité pour lequel je travaille aujourd’hui et je lui en suis reconnaissant.

En 2006, probablement en septembre, Microsoft nous vendra leur nouveau système d’exploitation, Windows Vista. Contrairement à Windows XP, je ne suis pas vraiment pressé de voir apparaître ce nouveau système sur nos ordinateurs. Pour plusieurs raisons.

Actuellement, l’industrie musicale est en guère contre ses consommateurs. Le déclin de cette industrie accéléré depuis plusieurs années par plusieurs facteurs, a eu comme conséquence une guerre ouverte contre l’informatique, le médium, et contre le consommateur, leur client, de moins en moins intéressée à leur offre. Ne sachant comment réagir, cette industrie lourde, aidée par des revenus annuels de plusieurs milliards de dollars par années, a pris les grands moyens pour frapper le consommateur moyen, créant des campagnes de désinformation et de peur, ayant recours à des procédures judiciaires et vandalisant aujourd’hui nos ordinateurs.

À titre d’exemple, Sony, la semaine dernière, a avoué installer des logiciels espions dans nos ordinateurs via de simples CD musicaux. À l’insertion, un CD de Sony active un lecteur qui place certaines composantes dans votre Windows. Ceux-ci ouvrent la porte à certaines failles qui peuvent, par la suite, laisser la place à tout virus exploitant cette ouverture. Sony donne donc une solution pour désinstaller son logiciel espion, mais allez-vous sérieusement communiquer avec Sony, vous, le consommateur moyen, pour avoir cette solution ?

L’industrie musicale est donc prête à vandaliser vos biens personnels. Déjà qu’une bonne partie des CD que vous achetez ne sont pas lisibles par le lecteur de votre auto pour, soi-disant, protéger le médium contre la copie. Je rêve. Plutôt que d’ajouter de la valeur à leur produit, l’industrie a choisi de tout détruire.

J’achète maintenant beaucoup plus ma musique sur iTunes qu’en magasin. C’est plus simple, rapide, et fiable. Certains qualifieront iTunes de gros virus, mais bon, à chacun ses combats! Mais même si j’achète beaucoup de musique, je suis quand même à 100% pour l’échange de fichier. Les médias nous font croire que nous sommes des pirates. Quelle belle image?

Selon Wikipedia, il est aujourd’hui fréquent d’entendre dans la bouche des producteurs de musique et de film le qualificatif de « pirate informatique » pour désigner les personnes téléchargeant des musiques et des films en dépit du droit d’auteur. On assiste ainsi à un nouveau glissement sémantique dans le but de faire l’amalgame entre des internautes qui téléchargent, des personnes attaquant des réseaux informatiques et les anciens pirates des Caraïbes. Le terme « pirate » n’en finit donc pas de s’affaiblir.

Le piratage, pour moi, c’est quand une multinational comme Sony cache des logiciels dans mon ordinateur, à mon issu, allant à l’encontre de tout droit à la vie privée, portant atteinte à tout étique professionnel et commercial. On pourrait même à ce niveau parler d’espionnage, voire de terrorisme.

L’échange de fichier est et doit rester libre. Si nous laissons les terrorismes institutionnels gouverner et dicter les droits, notre liberté de choix et d’action en sera affectée. Et c’est pour cette raison que je ne veux pas de Windows Vista.

Microsoft a dû se plier à l’industrie musicale et cinématographique pour rester en position de force. La justification officielle du prochain Windows est une augmentation de la sécurité, c’est bien. Mais ce qui se cache derrière n’est pas simplement la sécurité de nos données, mais bien plus la sécurité de l’industrie du divertissement.

Votre prochain Windows ne pourra donc pas lire de fichier audio. Ni de fichier vidéo. Encore moi de CD ou de DVD. Vous devrez, en bonne vache à lait, changer votre équipement informatique pour le faire si vous avez ce besoin. Votre ordinateur devra être certifié Windows Vista. Votre écran devra être certifié Windows Vista. Votre imprimante, car vous pouvez imprimer Harry Potter ou autre livre électronique, devra aussi être certifié, comme le lecteur CD/DVD de votre machine.

Une fois équipé, ou rééquipé plutôt, de tout ce beau matériel certifié Windows Vista, vous pourrez voir, lire ou entendre le média, selon la condition qu’il applique. Concrètement, lorsque vous achèterez un film sur DVD, si l’éditeur ne veut pas que vous le regardiez sur un ordinateur, l’écran n’affichera rien. Si l’éditeur vous permet un seul visionnement, vous pourrez le voir une seule fois, par la suite, le système n’affichera rien. Même chose pour la musique ou les fichiers textes. N’est-ce pas fantastique !

Comment peut-on adhérer à cette pratique ? Parce que vous n’avez pas le choix. Par contre, le consommateur moyen qui refusait de voir les choses autrement (Mac ou Linux) ne pourra plus utiliser ses MP3, ses films sans copyright, ses logiciels échangés avec ses amis. Lorsque cette masse de consommateurs moyens devra payer pour chaque action sur Windows, la fête sera bel et bien terminée. L’état totalitaire, que notre consommateur a encouragé par son absence de vision, fermera alors les vannes et il devra payer. Enfin.

Je vous semble peut-être noir ou prétentieux, mais je pense que nous devrions payer pour les biens que l’on consomme. Je suis cependant contre le fait de payer plusieurs fois pour le même produit, d’où mon opinion sur l’échange de fichier. À titre d’exemple, certains logiciels dont j’ai payé la licence, qui n’existe plus. C’est sur les réseaux d’échanges que je les retrouve. J’ai aussi des disques et cassette audio que j’ai déjà achetés. Croyez-vous vraiment que je vais payer une nouvelle fois pour mon produit ?

Le pire dans tout ça c’est que l’on n’aura jamais raison de l’industrie. Même affaiblie, elle reste d’une grande puissance. Les gouvernements endossent à 100% les entreprises qui vous chargent pour chaque mise à jour de leur logiciel, pour chaque nouvelle édition du film Bambi. C’est toujours le même produit. Mais légalement, vous devez payer. Et ce n’est pas parce que ces industries sont diaboliques, j’en ai déjà parlé. Le but d’une entreprise étant le bénéfice, elle joue son rôle. C’est plutôt le laissez-faire des consommateurs envers ces industries et envers leur gouvernement qui est responsable. C’est triste à dire, mais c’est de notre faute si on se fait baiser légalement.

Pour ma part, j’ai commencé à faire des choix. Pas la simplicité volontaire ou le communisme. C’est trop simple. Plutôt une sélection de ce que je suis prêt à assumer, je rejet du reste. Payer pour de la musique via iTunes, oui. Me faire vandaliser mon ordinateur ou me laisser verrouiller mon ordinateur, non.

Yannick L
Yannick L

Épicurien technologique, amateur de culture sous toutes ses formes, ancien militant gay.