Trop frustré de voir qu’il y a encore des gays qui ne savent pas pourquoi il y a un défilé gay dans le tous les pays occidentaux à la fin du mois de juin (sauf au Québec dû à la Saint-Jean…), voici votre petit cours d’histoire tapette 101 au sujet des événements d’une soirée new-yorkaise qui a mal virée…

Le soulèvement gay de Stonewall à New-York contre les forces de police le 28 juin 1969 lança le mouvement de libération homosexuel et lesbien aux Etats-Unis puis en Europe. Cet événement fait figure de mythe tant il contribua à lancer les mouvements d’émancipation dans de nombreux pays et à développer de nouveaux droits pour les homosexuels comme le PACS en France ou les contrats de partenariat enregistré dans d’autre pays. Cette révolte préfigura le puissant activisme dans des pays comme les Pays-Bas, où les néerlandais accordent désormais mariage et possibilité d’adoption d’enfants pour les couples gays et lesbiens. La scène militante gay française a sa part d’héritage des émeutes de Christopher Street qui fonda la visibilité homosexuelle.

Petit flash back: “Vers trois heures du matin, ce 27 juin 1969, 9 officiers en civil de la Police New-Yorkaise pénètrent à l’intérieur de “Stonewall Inn”, un bar gay situé au numéro 53 de Christopher Street dans le quartier du Village. Le prétexte de cette troisième descente dans le quartier au cours des 15 derniers jours, est aussi ordinaire qu’habituel: contrôle des licences de vente d’alcool. La police prononce la fermeture immédiate de l’établissement et jette les clients un par un à la rue après avoir procédé au contrôle des identités. Deux cents jeunes gens sont expédiés sur le pavé. Au lieu de s’évanouir dans la nuit comme d’habitude, ils s’agglutinent sur les trottoirs environnants. Un barman, le portier, et trois travestis sont arrêtés et traînés vers un fourgon de police. Un petit groupe de folles se lance à leur rescousse. La tension monte. Des bouteilles de bière et des briques volent en direction des policiers. Les travestis, blacks, latinos, prostitués, étudiants, lesbiennes, rameutés du quartier, contre-attaquent et disputent le terrain à une police en difficulté. Surpris, les officiers battent retraite et se réfugient dans l’établissement.La foule, qui dépasse les 400 personnes, hurle des injures et tente d’enfoncer la porte du bar.(…)Un manifestant essaie de mettre le feu à l’établissement, sans succès. Un parcmètre arraché vient coincer la porte du bar, bloquant plusieurs officiers à l’intérieur. La foule continue à grossir. Un feu de rue éclate. Seule l’arrivée d’importants renforts policiers marquera le début de la dispersion.

Treize personnes sont arrêtées et déférées devant la justice. De nouvelles échauffourées éclatent le lendemain (28 juin) devant le “Stonewall Inn”, où une foule s’est rassemblée pour protester contre la descente de la veille. La police anti-émeute intervient. Les manifestants leur jettent des bouteilles et allument des feux: “Légalisez les bars gais! Gay is good!” Un groupe d’homme se tenant par le bras exécute un numéro de French Cancan au milieu de la rue. La police change à coups de matraque. L’affrontement dure deux heures et le lendemain, le New York Daily titre: “Descence dans une ruche homo: les abeilles piquées comme des folles”.

Le soir du 29, un groupe de 500 personnes descend Christopher St. en chantant des slogans pro-pédé. La police anti-émeute charge à la matraque avec une extrême violence et fait de nombreux blessés. Le 9 juillet a lieu le premier “Gay Power Meeting”, qui rassemble un amalgame de gens divers, piliers de bar, socialistes, étudiants, excités variés et des membres de la “Mattachine Society”, une organisation homosexuelle américaine créée à la fin des années cinquante. L’un propose d’aller manifester devant la Cathédrale St-Patrick contre l’homophobie de l’Eglise. Un autre suggère de boycotter les grands magasins Bloomingdales. Des rumeurs d’émeutes et de confrontation armée avec la police circulent. (…).”
— Texte de Joseph-Marie Hulewicz, dans Tribu magazine, Juin 1994.

Vous retrouverez aussi d’autres informations et des photos d’archives sur le site des vétérantes de Stonewall


En 1994, lors du 25e anniversaire de cette rébellion, une gigantesque marche s’ébranla en direction du siège des Nations-Unies à New-York afin d’exiger que les états membres prennent toutes les dispositions nécessaires pour que les promesses contenues dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ne soient refusé à aucun être humain, aucune lesbienne, aucun gai, aucun bisexuel, aucun travesti ou transexuel, ni aucune personne séropositive ou atteinte du sida. Une minute de silence fut observée en mémoire des victimes de l’épidémie et de celles de l’homophobie.
Selon Allen Ginsberg, les évènements de Stonewall eurent d’utiles conséquences pour les homos: “ils ont perdu cette expression de douleur qu’avaient tous les pédés il y a dix ans”.

Selon Edmund White: “Jusqu’à Stonewall, la plupart des gays n’imaginaient pas qu’ils pouvaient être un groupe organisé comme les Noirs ou les femmes. Tout au long des années 60, il y avait eu les féministes, les Noirs, les Black Panthers, mais les pédés continuaient à penser “nous sommes des malades”, pas “nous sommes des militants”. Six mois après les émeutes (…) tout d’un coup il y a eu des vrais discos, avec des gogos boys, des milliers de gens. Tous s’étaient ouverts”.

Stonewall fut une vraie prise de conscience que l’homosexualité était politique. Elle ne relevait pas seulement du privatif, mais de libertés, de droits de réunion, de droits sociaux, et surtout d’un droit d’aimer et d’être ce que l’on est. Les gays et lesbiennes se redéfinissaient. Ils n’étaient plus des “malades”, des “anormaux” mais des membres d’une minorité. Ce fut une date pour beaucoup d’homos à partir de laquelle on commença à penser différemment, à s’accepter, à assumer son homosexualité… Stonewall est un réel acte fondateur d’une marche vers une situation légale pour les homosexuels. On peut dire que pendant les émeutes de Stonewall, deux générations se croisèrent. Le paysage militant se modifia complètement. La stratégie d’assimilation inspirée des mouvements des “droits civils” céda la place à un discours radical et fonda dès lors le nouveau concept de libération. On commença à parler de Stonewall en France vers 1971. Pour les associations homos françaises de l’époque, la “révolution des pédés” date en fait de mai 68. Une vision différente de Stonewall vint plus tard. Mais les choses étaient déjà amorcée en France depuis 1968. De 1971 à 1979, le processus sera long avant que n’apparaisse une presse homosexuelle. Après les évènements de 1969, des gay pride apparurent sur la scène internationale, des gays commencèrent à ouvrir des commerces gay à titre personnel (avant les bars de New-York étaient tenus par la mafia).Le premier bar du Marais à Paris ouvrit en 1970 mais connu des ennuis, d’autres ouvrirent en 1980, vrai date de naissance du centre d’activité gay. En France, c’est le texte de Guy Hocquenghem publié par le Nouvel Observateur où il révélait son homosexualité, le féminisme et la manifestation du FHAR en mai 71 qui marquèrent davantage que Stonewall le mouvement naissant d’émancipation des gays et lesbiennes français.
Selon Patrick Cabasset, “Stonewall est d’abord perçu comme une révolte de coiffeuses et pas une révolte d’intellectuels comme mai 68 en France”. Selon Maxime Journiac, “l’héritage de Stonewall, c’est alors de pouvoir exprimer qui l’on est, c’était l’affirmation du droit à être”.
( extrait de Ex-Aequo n°29/ juillet-août-septembre 1999)