Il fut un temps ou il était de bon ton de posséder un chien, un singe ou… un nain. À cette époque, où la photographie n’existait pas, il fallait avoir recours à un peintre pour faire étalage de ses possessions. L’ultime richesses, outre les bijoux qu’on portait nécessairement lors des séances de poses, était le nain. Installé à côté de ses propriétaires, un de ceux-ci posait une main sur sa tête symbolisant ainsi la possession.

Sans tomber dans la sempiternelle victimisation, il m’apparaît clair que les gais, dans une société québécoise se disant tellement ouverte, font office de nains des temps modernes. Je m’explique. À l’instar des hétéros qui ne cessent de se demander, à grand coups de sondages et de tests dans les magazines féminins, si l’amitié entre hommes et femmes est possible, je me demande si l’amitié en hétéro et gais l’est.

Je parle ici d’une amitié pleine et entière. C’est-à-dire une amitié sans freins des deux côtés, une amitié sans “Je me garde une p’tite gêne”. La société québécoise est ouverte, elle ne tolère plus puisqu’elle a appris le côté négatif de ce mot avec les années, elle accepte (à ce qu’elle dit). Aujourd’hui, pour se montrer ouvert, il est facile de parler d’homosexualité, de dire qu’on est allé faire une virée au cabaret à Mado, qu’on a vu, qu’on a eu ben du fun. Il est bien vu d’aller agiter un petit drapeau arc-en-ciel à la parade. Mieux, il est bien vu de compter des gais parmi ses connaissances, voire ses amis.

Amis vous dites? Combien d’entre eux s’intéressent vraiment à ce que vous êtes, à ce que vous faites? Allez-vous conter à vos vrais amis hétéros ((homme ou femme)vous savez, ce type d’amis à qui on peut tout dire!) que la nuit dernière vous avez joui comme jamais en enculant votre chum et qu’il a contracté son anus autour de votre membre juste au bon moment durant le climax? Que nenni! Vous savez qu’ils sont ouverts, mais pas comme le cul de votre chum lors de la baise. Vous allez mettre la barrière bien avant cela et vous allez le raconter à votre ami gai qui saura pleinement vous comprendre!

Il y a une hypocrisie dans ce type de rapport amical. Autant chez les hétéros qui se disent ouverts en ne l’étant pas tant que ça et aussi chez certains gais qui sont bien contents de varier leurs relations amicales mais qui gardent tout de même une distance sachant que l’autre n’est pas si ouvert qu’il le dit.

Personnellement, je n’ai connu qu’une seule femme de qui je pouvais avoir ce type de compréhension (D’ailleurs cette personne ne se définit pas par une sexualité hétéro, bi ou gaie.) Mais bon, semble-t-il que les gais sont dans l’air du temps. Mais pas tous les gais. Ceux qui sont joviaux, qui font la fête, qui sont fous-fous, qui sont musclés et beaux et qui collent si bien à cette image tendance véhiculée par le milieu gai lui-même et repris dans les oeuvres de fiction. D’ailleurs, s’ils ont un problème de type alcoolisme, dépendance à la drogue à cause de leur état mal vécu, ils en deviennent des personnages encore plus intéressants!

Témoignage d’ami hétéro:
“C’est bien d’avoir un ami gai. Comme c’est bien d’avoir un chien ou un nain. C’est tellement IN. Ça nous fait tellement paraître de gauche quand on est à droite. C’est tellement l’fun d’utiliser leur grosse oreille pour leur conter nos problèmes de coeurs et de couchette. D’ailleurs, avec eux, on peut aller dans le détail, ça ne leur fait pas peur et ils vont nous comprendre.”

En bref, ce que je veux dire, c’est pas que les gais soient des êtres parfaits ou supérieurs, mais j’ai parfois l’impression qu’ils sont utilisés pour conforter et confronter les gens dans leur perception de la société dans laquelle ils vivent. On parle beaucoup d’acceptance, mais c’est encore la tolérance qui est vécue dans un contexte comme celui-ci. On dirait que dans cette situation particulière, Pauline Marois est venue jouer avec les mots! D’où l’hypocrisie.

J’ai décidé de rédiger ce billet suite à la lecture de cet article de Marc Cassivi paru dans La Presse, article que vous pouvez lire ici

3 Commentaires

  1. ” et à mon meilleur pote, qui sera choqué parce qu’il aurait jamais osé même penser ça des rares vagins qu’il se tape, le pauvre hétéro”

    C’est exactement ce que je disais. Même dans ton désir d’étalage… tu seras incompris. Pourtant… c’est ton meilleur pote! Et la Fag-Hag… elle est chouette jusqu’à temps qu’elle se fasse engrosser et qu’elle se mette à te parler de la petite chose qui lui grouille à l’intérieur.

    Il est vrai que mon exemple de bite au cul est assez poussé. Cependant, il m’est important de mentionner que bien des gens qui disent accepter l’homosexualité ne sont pas capables de composer avec la réalité homosexuelle. Ce qui donne la fâcheuse impression de servir de bibelot ou pire de faire-valoir de “l’ouverture d’esprit” de certaines personnes.

  2. Mouais. C’est bof ta comparaison!

    et puis ça:

    “que la nuit dernière vous avez joui comme jamais en enculant votre chum et qu’il a contracté son anus autour de votre membre juste au bon moment durant le climax? Que nenni! Vous savez qu’ils sont ouverts, mais pas comme le cul de votre chum lors de la baise. Vous allez mettre la barrière bien avant cela et vous allez le raconter à votre ami gai qui saura pleinement vous comprendre!”

    ben je le dirais ni à mes amis homos, ni à mes amis hétéros, juste parce que c’est tellement meilleur de le garder pour moi! Et puis si jamais je suis dans un tel désir d’étalage des sensations précises de ma bitocu, ben j’pense bien que je le dirai à mon fellow pédé, et à ma fag hag, et à mon meilleur pote, qui sera choqué parce qu’il aurait jamais osé même penser ça des rares vagins qu’il se tape, le pauvre hétéro 😉

    Non mais, des posts pareils…
    Les nains, ça fait toujours très bien dans les salons, on n’a pas pris leur place, t’inquiète.
    Et puis regarde bien sur ton illustration: y en a déjà trois des folles, elles entourent la nonne!

    :o*

  3. qu’ils composent avec la realité homosexuelle? erf. je n’ai pas envie qu’ils composent avec la réalité de ma sexualité. ils acceptent que je baise avec des hommes, soit. basta.
    et la question du “bibelot” est plus profonde qu il n y parait.
    tant que tu ne te laisses pas objectiver sans ton accord, je ne vois rien de mal à être un bibelot (un bibelot qui peut mordre).
    a lire: “living the spirit: a gay american indian anthology”
    ca m’a beaucoup ouvert les yeux sur ma possible place dans une société, en tant que “queer”/”gay”/”whatever different from papa-maman sex”.

    bref. c’est une discussion compliquée, on se prendra un verre si je retraverse l’atlantique 😉